Le camouflage

 

 

     Avant de nous pencher plus en détail sur ce phénomène, faisons un point sur la définition. Tout d’abord camouflage et mimétisme ne sont pas synonymes. Le camouflage est, en gros, le fait de se cacher. Cela peut-être impressionnant (comme les pieuvres) ou plus anecdotique (comme un lion).
Le mimétisme est un type de camouflage. Il implique, en gros, trois espèces: le modèle, le mime et le dupé.
Il y a pas mal de vocabulaire, mais c’est surtout une excuse pour exposer diverses stratégies que l’on peut observer à l’extérieur !

     Commençons par l’homochromie (de même couleur). C’est le fait d’adopter une couleur dominante de son environnement. Par exemple de nombreux animaux de la savane auront des tons jaunes/orangés. Voici un steenbok (Raphiceros campestris), on remarque qu’il se confond dans son milieu: le Bush.
raphicerus_campestris_camouflage

 

    On peut également noter l’homochromie variable. Comme son nom l’indique, le sujet a une couleur…variable ! Chez les pieuvres c’est spectaculaire, en quelques secondes elles arrivent à se calquer sur ce qui les entoure ! Et pour ceux qui ne se « transforment » pas, il existe une solution que les Psychidae (petits papillons) mettent en pratique:les fourreaux larvaires sont fait de feuilles, de terre, attachés par de la soie. En effet quoi de mieux pour se cacher dans son environnement que de devenir l’environnement lui-même ?

     Le cas du caméléon est un peu différent. Certes il y a homochromie (Par exemple chez les Furcifer pardalis, caméléon panthère, si ils se trouvent à la Réunion, à Nosy Be ou à Ambilobe ils auront des couleurs de bases différentes). Mais il ne va pas changer de couleur si la couleur de son milieu change. En fait il change de couleur suivant…ses humeurs. Un peu comme nous, intimidé on rougit, effrayé on blêmit. Si le caméléon est en colère il va devenir plus foncé, avec des marques noires pour les femelles (déjà rouges). Cela n’aide pas à se camoufler, mais ça peut avoir son effet sur un individu qui vient titiller de trop près (même si il s’agit d’un chien !). Voici en haut un portrait de femelle et en bas un mâle. Tout deux de la localité « La Réunion ».

furcifer_pardalis_camouflage
furcifer_pardalis_camouflageb

 

     Un autre modèle de camouflage par la couleur consiste à arborer une coloration disruptive. Souvent représenté par des lignes ou des bandes, cela permet de « casser » la silhouette. Dans un troupeau de zèbre, si tout le monde bouge en même temps, on va avoir du mal à distinguer les individus entre eux, assez problématique pour les prédateurs.  Il y a un fort contraste entre les couleurs, cela permet d’imiter les jeux d’ombres et de lumières.

equus_burchelli_camouflage

 

     Un excellent complément à l’homochromie est l’homomorphie (de même forme). Ici il ne s’agit pas d’imiter la couleur mais la forme de l’environnement. Je ne connais pas d’animaux appliquant juste l’homomorphie puisque les couleurs sont également dans les mêmes tons que ce qui les entoure.
Par contre il y a ce que l’on appelle l’homotypie (de même type). Dans ce cas l’animal prend la couleur et la forme de son milieu ! Un vrai défis sachant que certains poussent la ressemblance vraiment loin ! Chez certains phasmes, comme les phyllies, les similarités avec les feuilles sont impressionnantes: il se peut même que des tâches brunâtre apparaissent sur les adultes.
Voici un jeune phasme: même couleur et même forme que la feuille (donc homotypie, l’animal prit en photo était en captivité):

 phyllium_philippinicum_camouflage

 

     Les phasmes sont réputés pour être des maîtres en camouflage mais quantité d’autres animaux maîtrisent l’homotypie. Ce criquet adopte la même marque noire que la tige sur laquelle il est installé !

criquet_camouflage_africa

 

   Mais le camouflage ne consiste pas uniquement à se cacher, parfois c’est même complétement l’inverse ! L’aposématisme (ou coloration aposématique) est comme un avertissement. Les livrées jaunes rayées de noires, ou rouges signale une certaine toxicité. On sait que les frelons peuvent faire mal, on va donc les éviter.

vespa_crabro_camouflage

 

     Pour rester sur le même exemple il y a l’argiope frelon (Argiope bruennichi) qui porte bien son nom. La femelle est bien voyante, sa morsure peut-être douloureuse. Du coup elle prévient les possible amateur !

argiope_bruennichi_camouflage

     Les zygènes sont assez toxiques, en effet leur corps contient du cyanure ! Elles volètent mollement, nullement inquiète d’être une proie. Tout comme la tête de mort sur nos produit dangereux, elle est rouge et noire donc on évite !

zygaena_sp_camouflage

 

     Mais la Nature possède de nombreuses exceptions, tous les animaux rouges vifs ne sont pas dangereux ! Et on entre ainsi dans le monde du mimétisme.
Premièrement le plus connu: le mimétisme batésien.
Pour rappel il faut un modèle, un mime et un dupé. On va donc commencer par le mimétisme batésien partiel. Un exemple sera plus clair: les syrphes.

eristalis_sp_camouflage

     Vous avez dû être nombreux à vous dire que c’est une sorte d’abeille: plus ou moins la même forme et les mêmes couleurs.
En fait c’est une mouche, mais dans le doute, on se méfie. Elle n’est ni toxique, ni dangereuse, pourtant on préfère l’éviter. Il s’agit de mimétisme batésien partiel puisque le syrphe ne copie pas une espèce précise mais une couleur d’avertissement (l’aposématisme).
Dans le cas de Hypolimnas misippus (aucune photo en ma possession) il se sert de Danaus chrysippus:

danaus_chrysippus_camouflage

     Vous pouvez chercher, les ressemblances sont frappantes ! Danaus est toxique, mais pas l’autre papillon. Ce dernier est tout de même protégé grâce à son mimétisme.

     Le mimétisme müllérien est très proche, la seule différence avec le précédent est que le modèle et le mime sont tous les deux toxiques. Il y a un intérêt tout de même: en effet à quoi ça sert d’être toxique si les prédateurs ne le savent pas ? Blanche-neige s’est fait duper par une pomme, c’est un peu le même principe. Pour savoir que le rouge est toxique, il a d’abord fallu y goûter. Il y a donc eu un certains nombre de sacrifices avant que les prédateurs soient « éduqués ». Pour éviter trop de pertes, c’est plus simple de ressembler à une espèce déjà considérée comme dangereuse. Le monarque (Danaus plexippus, proche de la photo ci-dessus) ressemble au Vice-Roi (Basilarchia archippus), tous les deux toxiques.

     Le suivant est le mimétisme mertensien, l’animal dangereux mime une espèce « inoffensive ». Je prendrais un exemple fréquemment décrit, qui fait un peu synthèse.
Le serpent roi (Lampropeltis sp.) est inoffensif. Il exerce le mimétisme batésien avec le serpent corail (Micrurus sp.). Ce dernier mime le faux serpent roi (Erythrolampus sp.) qui lui est désagréable à manger.
Les prédateurs des serpents sont souvent des Oiseaux, le Reptile à beau être venimeux, si il ne fait que mordre les pattes ça ne servira pas à grand chose. Par contre si le goût est mauvais, le prédateur cherchera ailleurs.

 

   Enfin il existe ce que l’on appelle l’auto-mimétisme. Plutôt que mimer une autre espèce, ici on ne fait valoir qu’un élément, l’œil par exemple.  Chez le grand paon de jour (Inachis io) il y a de belles ocelles, ainsi, lorsqu’il déploie ses ailes d’un coup, le prédateur peut-être surpris ou effrayé, suffisamment pour permettre au papillon de fuir !

  inachis_io_camouflage

 

     Mais cela peut également être un leurre. Cette lycène par exemple possède des ocelles à proximité d’une simili-antenne.
leptotes_pirithous_camouflageb

 

     Le prédateur attaquera donc le bout de l’aile, pensant qu’il s’agit de la tête. Cette stratégie ne pourra pas resservir, mais c’est mieux que de se trouver dans un estomac !

leptotes_pirithous_camouflage

 

     Je n’ai parlé quasiment que de stratégies défensive, mais l’intérêt du camouflage est aussi de pouvoir s’approcher discrètement d’une proie !
Cette araignée imite les couleurs de la fleur sur laquelle elle est posée. Elle attend patiemment qu’un butineur s’approche et rabat ses pattes d’un coup !

misumena_vatia_camouflage

     Vous l’aurez compris, le camouflage est donc extrêmement répandu ! On continue d’ailleurs à découvrir de nouvelles espèces vivant pourtant juste à coté de nous, par exemple Araneus bonali est une araignée se trouvant sur des chênes du centre de l’Espagne et à été mise à jour en 2018! La Nature réserve toujours des surprises!

(La bannière de cet article représente une Tarachodes sp., une mante tronc trouvé au Botswana. Imaginez la plaquée dans une crevasse de l’écorce, indétectable!)

 

 

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